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Les vertus de la patience

13 novembre, 2008

Les vertus de la patience

C’est finalement un début d’automne très favorable aux raisins qui a permis des vendanges à des dates très habituelles de raisins en parfait état sanitaire. Et des surmaturités en grand nombre et d’une qualité plus que prometteuse. Tour d’horizon des promesses de ce millésime et réponses à quelques questions.

La comparaison 2003/2007 a-t-elle un sens ?
Oui, si l’on regarde la date d’ouverture des vendanges, fin août dans les deux cas. Non, si l’on prend en compte l’état des raisins vendangés. En effet, cette année, seule une partie des raisins destinés aux Crémant a été récoltée très tôt. Quelques vignerons ont pu rentrer des Pinot noir - au potentiel magnifique, d’ailleurs - courant septembre. Pour le reste, rien à voir entre les raisins desséchés, malheureusement souvent très pauvres en acidité de 2003 et la qualité générale de 2007. Et si l’on découvre désormais dans les caves de très beaux 2003, il y a fort à parier que les qualités du 2007 paraîtront plus évidentes dès ses premières dégustations dans quelques mois.

A-t-on observé des maturités différentes selon les raisins et les sous-régions viticoles? Oui. Mais c’est le cas tous les ans ! Ce qui est particulier, c’est la nature de ces différences. En 2007, les vignerons ont souvent constaté des maturités très satisfaisantes par exemple sur des Pinot Noir ou Blanc ou des Muscat début septembre alors que des Riesling, des Gewurztraminer ou Pinot Gris méritaient d’attendre quelques semaines. Par ailleurs, les différences étaient souvent très manifestes selon l’exposition des vignes et leur altitude voire les caractéristiques du sol ou l’âge des pieds. Logique, certes, sauf que cette année, on a connu des variations parfois importantes. Dernier facteur particulier : les taux d’acidité, la concentration en acide malique et en alcool potentiel ont été suivis de près par les vignerons. L’attente a souvent permis d’équilibrer ces éléments et de promettre ainsi des vins subtils et au potentiel aromatique très prometteur.

Y avait-il un risque à voir se reproduire les problèmes sanitaires observés en 2006? Impossible de répondre catégoriquement non à cette question… même si l’expérience a prouvé que 2007 est remarquable du point de vue sanitaire. Surtout chez les vignerons travaillant en bio qui ont une fois de plus constaté que le travail consistant à renforcer la feuille et l’enracinement des plantes en profondeur porte ses fruits. C’est le cas de le dire. Par ailleurs, le fait de repousser fin septembre voire début octobre les vendanges était une nécessité tant du point de vue de l’équilibre que de la maturité physiologique des raisins. Compte tenu du fait que les degrés d’alcool potentiel n’atteignaient pas des sommets, il devenait indispensable de surseoir aux vendanges afin de profiter de l’aubaine météorologique du beau temps de septembre.

02_29_VENDANGES_TARDIVES_KLEIN_BRAND_050_copie.jpg2007, année à VT et SGN*? Oui, sans aucun doute. De tous côtés, on enregistre des déclarations de récolte en surmaturité avec des degrés tout à fait enthousiasmants ! Cette année plus encore que d’autres, les terroirs qui favorisent ce type de vendanges se sont exprimés, ce qui confirme que les vins moelleux et liquoreux ne procèdent pas d’une opportunité climatique même si les caractéristiques 2007 donnent un coup de pouce en terme de quantité. Certains vignerons plus exigeants ont élaboré cette année plus de VT ou de SGN que depuis 7 ou 8 ans !

Histoire et histoires. Faute d’archives systématiques, il est fort hasardeux d’affirmer bille en tête que le début très prématuré des vendanges 2007 est une première. Les historiens, Claude Muller en tête, ont toutefois ratissé large et dégotté quelques années caniculaires, comme l’an de grâce 1540. Ou encore 1822 où le 26 août « les gens de Colmar et du Bas-Rhin ont commencé à vendanger », selon les documents retrouvés. A noter aussi un dicton en forme de clin d’œil malicieux aux aléas climatiques actuels : « Michaeli Wi, Herre Wi ». En alsacien, pas de doute, le raisin vendangé à la Saint Michel (le 29 septembre) se transformera en vin du Seigneur (lu dans l’Est agricole et Viticole du 31/08/07).

Météo : vraiment exceptionnelle ? Oui, à écouter Christophe Schneider, de l’INRA de Colmar, qui s’exprimait fin août devant les membres de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA). « Nous avons observé cette année les dates de véraison les plus précoces jamais enregistrées ». Comme c’est à partir de cette date que les baies accumulent du sucre et dégradent les acides, il était communément admis que les vendanges commenceraient fin août, en pleine maturité. C’était sans compter le retournement brutal de tendance mi-juillet. Les températures moyennes de ces deux mois ont été inférieures à 19 degrés et jusqu’à 60 voire 80 mm d’eau selon les secteurs, records atteints ou battus. « Il a fait presque plus chaud en avril qu’en été », a relevé Christophe Schneider. Pour l’heure, l’automne semble rentrer dans le rang et revenir vers les « normales saisonnières » chères aux météorologues.

Millésime : quels sont les cépages à suivre ? Tous, comme d’habitude ! D’abord parce que l’Alsace viticole est plurielle, on ne le répète jamais assez. Entre les vins de soif, qui revendiquent haut et fort leur cépage et les vins de complantation issu de grands terroirs, il y a un monde, et souvent entre les vins d’un même domaine viticole. On lira certainement dans la presse spécialisée que les vins sont comme ceci ou comme cela, mais il faudra après ces idées générales parfaire les dégustations en venant chez les vignerons. Car au-delà des tendances générales que nous venons d’évoquer, restent les particularités de chaque praticien, ses terroirs, les microclimats, etc.

*VT : Vendanges Tardives et SGN Sélection de Grains Nobles.

Parole de vignerons

Domaine Backert (Dorlisheim)
« Il y a eu du stress à la mi-août, avec la crainte de la pourriture. Nous avons commencé très tôt sur certaines parcelles avec de beaux raisins pour le Crémant, notamment. De quoi nous réjouir en vue de l’élaboration de notre nouveau Crémant haut de gamme. Plus précisément, nous avons rentré de très beaux Pinot Noir, avec des pépins parfaitement à maturité. Compte tenu des différences de maturité dans d’autres cépages, nous avons procédé à un fort éclaircissage sur pied (Muscat notamment). Nous avons eu recours à la table de tri par exemple sur les Gewurztraminer ou les Pinot Gris. Pour les Riesling, nous avons attendu, avec raison ».

Domaine Eblin-Fuchs (Zellenberg)
« En commençant la vendange pour les Crémant, nous avons du éclaircir en raison du manque de maturité de certaines grappes. Pour le reste, les évolutions se sont avérées très favorables au fil des semaines. Je n’ai aucune crainte, l’acidité est là, la sapidité à l’air bien aussi. En fait, je ne vois pas de quoi nous aurions dû avoir peur cette année, il n’y a absolument pas de pourri, pas de mildiou ».

Domaine Arnold (Dambach-la-Ville)
« Tous les ans, se présentent d’autres facteurs de complexité. Je crois qu’il n’y aura plus de vendange simple. Nous avons ainsi commencé cette année par la famille de Pinot, certains commençaient à flétrir après avoir souffert du coup de chaud de juillet. Mais globalement, nous avons des raisins sains avec de belles maturités. Nous sommes spécialement contents des Pinot Noir, où nous avons rentré de très jolis fruits. La particularité de cette année est d’avoir vécu des vendanges bien plus étalées que d’habitude. Il faut savoir s’adapter et se souvenir que vigneron, c’est un métier à risque ».

Domaine Odile Weber (Eguisheim)
« Courant août, j’ai redouté le développement de pourriture mais cette crainte s’est vite estompée. Ainsi, les raisins sont restés sur pieds courant septembre, profitant de la belle arrière-saison. On a constaté que plus on avançait dans le temps, meilleures étaient les maturités. Toutefois, il a fallu surveiller les différences d’évolution selon les cépages, quitte parfois à alléger la charge pour permettre une maturation complète, comme dans les Muscat. Il est vrai que l’évolution climatique de cet automne a eu de quoi rassurer les vignerons ».

Domaine Anstotz (Traenheim)
« Ce millésime, c’est vraiment du gâteau par rapport à 2006. Les jus sont excellents, les arômes déjà très nets. Les degrés ne sont pas astronomiques sur les vins “classiques” mais il n’y a pas eu du tout de pourri. En revanche, nous avons procédé à d’importants tris en raison du manque de maturité de certaines grappes. Globalement, les équilibres paraissent très intéressants, les acidités sont bonnes. Dans quelques cas, l’excès de malique sera éliminé par des fermentations malo-lactiques. Tous craignaient la répétition de 2006, mais le temps a bien évolué et les difficultés ne se sont pas reproduites ».

Domaine Meyer-Le Bollenberg (Westhalten)
« Cette année, nous avons commencé avec des Pinot Noir, très mûrs et absolument sans pourri. Les Muscat ont suivi puis nous avons enchaîné tranquillement avec les autres cépages. Nous avons eu de bonnes surprises sur les Gewurztraminer et les Riesling, malgré l’été bizarre. Il faut dire que notre situation présente des atouts, en raison de la bonne ventilation de nos vignes, toutes situées sur le haut du coteau du Bollenberg. Par ailleurs, il y a des années où nos vignes souffrent de sécheresse mais cela n’a pas été le cas cette année. Le résultat d’ensemble paraît très sympathique ».

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Les cépages de la vallée de la Loire

11 novembre, 2008

CEPAGES REGIONAUX DU VAL DE LOIRE


Grand fleuve noble et sauvage, on imagine volontiers la Loire en chef d’orchestre des vignobles qu’elle traverse,
imposant, tout au long de ses rives, un style à nul autre pareil. L’harmonie entre cépages et terroirs, où diversité
se conjugue avec unité, est d’autant plus exceptionnelle que quelques-uns des grands cépages de la région ont trouvé leur origine en Val de Loire, alors que beaucoup d’autres viennent de l’est ou du sud-ouest de la France.

La grande originalité des vins du Val de Loire provient du fait qu’ils sont pour la plupart issus d’un cépage unique : Melon de Bourgogne pour les vins de Nantes, Sauvignon en Touraine et dans le Centre, Chenin, Gamay et Cabernet en Anjou-Saumur et Touraine, Pinot noir dans le Centre.

CEPAGES BLANCS

Le melon de Bourgogne

Le melon de Bourgogne :ce cépage unique de l’AOC Muscadet, originaire de Bourgogne, fut introduit dans la région
par les moines au XVIIème siècle. Il a contribué à faire de cette appellation le vin blanc le plus populaire de France.
Les roches cristallines du sud-est de Nantes lui communiquent plus de finesse que les zones des roches sédimentaires. C’est l’un des cépages d’appellation les plus précoces de France.

Le Chenin

Le Chenin (également appelé Pineau de la Loire) : il est originaire du Val de Loire, où il était nommé ” plant d’Anjou “
vers le Xème siècle. C’est Rabelais qui popularisa son nom actuel au XVIème siècle. Nulle part ailleurs il n’exprime mieux
la richesse des terroirs : cépage tardif, il sait s’adapter aux différents microclimats de l’Anjou et de la Touraine, en
offrant une étonnante palette de vins.

Récolté en début de vendanges, il permet d’élaborer des vins blancs secs ou des vins de base pour vins mousseux.
En fin de vendanges, après le développement du Botrytis cinerea, il donne naissance aux grands vins blancs demi-secs, moelleux et liquoreux du Val de Loire, dont l’aptitude à la garde est exceptionnelle.

Le Sauvignon

Le Sauvignon : cultivé principalement dans le Sud-Ouest et le Centre de la France, dont il est probablement originaire,
ce cépage fragile est très sensible au sol et au climat. Les nuances aromatiques développées par les vins dont il est
issu sont multiples et fortement influencées par les terroirs. Ce cépage est principalement utilisé dans les vignobles du Centre et de la partie orientale de la Touraine, dont il constitue le trait d’union.

La Folle Blanche, autre cépage originaire du sud-ouest : il est utilisé aujourd’hui pour produire le Gros-Plant du pays Nantais. Ce cépage rustique implanté dans la région au Moyen-Age, s’adapte à une grande variété de climats et de sols.

Le Chardonnay : originaire de Bourgogne, ce cépage continental par excellence est connu depuis longtemps en Loire
sous le nom d’ “auvernat “. Cultivé sur des sols pauvres, caillouteux, argilo-siliceux ou argilo-calcaires, il donne le
meilleur de lui-même associé aux autres cépages blancs du Val de Loire, notamment lorsqu’il est utilisé pour l’élaboration du Crémant de Loire et du Saumur brut.

On peut également citer le Malvoisie (Pinot gris)
le Chasselas
le Romorantin .

CEPAGES ROUGES

Le Cabernet franc

Le Cabernet franc, souvent dénommé ” breton ” parce que jadis venu de la région de Nantes, alors province
autonome, est originaire du Bordelais. En général vinifié seul, il trouve en Val de Loire toute son expression.

Premier cépage rouge de la Loire, où son implantation remonte au XIème siècle, il est utilisé principalement pour l’élaboration des appellations Chinon, Bourgueil, Saint Nicolas de Bourgueil, Saumur, Saumur-Champigny, Anjou et
Anjou-Villages. Il permet en outre de réaliser des vins rouges d’assemblage, en appellation Touraine.

Le développement de la production des vins rouges ne doit pas occulter la place du Cabernet franc dans l’élaboration
des vins rosés où il est utilisé en monocépage pour le Cabernet d’Anjou et le Cabernet de Saumur. Il est également
utilisé pour produire des vins rosés en appellation Touraine.

Le Gamay

Le Gamay, originaire du centre-est de la France est particulièrement répandu en Touraine
où il est souvent vinifié seul (A.O.C. Touraine notamment). Dans le Centre, il constitue l’essentiel de l’encépagement
en rouge des A.O.V.D.Q.S. Coteaux du Giennois et Châteaumeillant.

Plus à l’aise sur des sols argilo-siliceux que sur le calcaire, il peut donner des résultats à la
fois surprenants et originaux, notamment lorsqu’il est utilisé en assemblage avec le Cabernet ou le Côt.

Dans la région de Blois, certains millésimes de l’AOC Touraine-Mesland permettent d’élaborer des vins de demi-garde
tandis que, pour les A.O.C. Touraine et Anjou, il permet une vinification en primeur.

Le Pinot noir

Le Pinot noir, originaire de Bourgogne, est le cépage rouge prépondérant du Centre. Précoce,
il s’adapte à peu près à tous les climats et s’exprime pleinement sur les sols calcaires.
Cultivé dans la partie continentale du cours de la Loire. Ce cépage, anciennement connu sous le nom de ” noirien “,
entre principalement dans l’élaboration du Sancerre rouge et, en assemblage, dans la composition des A.O.V.D.Q.S.
de la région Centre. On le trouve également dans l’est de la Touraine.

Le Cabernet sauvignon

Le Cabernet Sauvignon : cépage typique du Médoc et des Graves, il se complaît sur des sols pauvres ou bien drainés. Comme pour son cousin le Cabernet franc, ses grappes sont constituées de petits grains à peau noire et à jus blanc. Il constitue un bon complément du Cabernet franc auquel il apporte structure tannique et couleur, bien qu’il soit beaucoup moins répandu que ce dernier en Val de Loire.

Le Grolleau

Le Grolleau ( ou Groslot): originaire de Touraine, il donne des rosés faciles à boire, fruités, demi-secs. Après le Cabernet franc, c’est le cépage rouge le plus planté en Val de Loire. Vigoureux et résistant, il assure encore un sixième de la production totale de la région. Il cherche aujourd’hui un second souffle à travers une utilisation en assemblages avec des
rosés plus secs et plus typés.

Le Pinot d’Aunis

Le Pineau d’Aunis : à l’image du Grolleau, le Pineau d’Aunis (ou Chenin noir) a été cultivé pour ses gros rendements.
Ce cépage peu alcoolisé a été remplacé progressivement par le Cabernet franc, même s’il est encore présent en
Vallée du Loir.

Le Cot

Le Côt (ou Malbec) : ce cépage a trouvé sa zone de prédilection en Touraine et, plus précisément dans la vallée
du Cher, jusqu’à Montlouis, où il a sérieusement concurrencé le Grolleau.

Plus fragile que ce dernier, il donne des vins de meilleure qualité quand on le taille très court
et qu’on accepte en conséquence une plus grande irrégularité de sa production.
Il est souvent utilisé en assemblage avec le Cabernet franc et/ou le Gamay dans le vignoble
de la Touraine.